PADH : quand l'art et l'écologie s'unissent pour transformer la jeunesse du Nord
Fondé en 2010 dans le département du Nord, le Programme d'Appui au Développement d'Haïti (PADH) réunit agronomes, artistes et éducateurs autour d'une conviction : la diversité des compétences est une force. Lauréat du programme REVIV porté par FOKAL avec le soutien de l'Union européenne, PADH transforme aujourd'hui les déchets en œuvres artistiques, et des jeunes en éco-citoyens.
Depuis 2010, PADH rassemble des profils aux horizons variés : agronomes, artistes plasticiens, normaliens, autour d'une philosophie simple mais exigeante : « l'unité dans la diversité ». Réunir des professionnels aux compétences différentes vers un même objectif n'est pas une mince affaire, mais l'organisation y voit une nécessité. « Comme le corps a plusieurs membres pour répondre à plusieurs besoins, nous nous organisons pour créer une harmonisation efficace afin de répondre aux différents problèmes de la communauté », explique l'équipe.
En quinze ans d'existence dans le département du Nord, PADH a mené des actions concrètes : encadrement technique des paysans, reboisement, augmentation de la production locale de cacaoyer et d'igname, promotion d'une meilleure approche de genre, et participation active à la valorisation de la culture haïtienne.
Le projet bénéficiaire du programme REVIV est né d'un constat simple et alarmant : PADH évolue dans un environnement pollué, et a choisi de faire partie de la solution plutôt que du problème. L'idée ? Transformer des déchets plastiques et organiques en objets utilitaires et artistiques, en mobilisant la créativité des jeunes.
« Nous n'avons pas choisi de faire partie du problème, mais de chercher à apporter notre contribution en sensibilisant les différentes entités de la société. »
Le projet cible 360 jeunes de 16 à 25 ans dans trois communes : Limonade, Quartier-Morin et Cap-Haïtien. Les zones d'intervention historiques de PADH. Cette tranche d'âge n'est pas choisie au hasard : elle représente, selon l'organisation, « la force vive de la nation », une jeunesse en proie à l'acculturation, au manque de formation environnementale et à l'insécurité économique.
Le dispositif du projet articule formations techniques et foires artistiques en espaces publics. Les jeunes bénéficiaires apprennent à transformer les déchets, puis exposent et vendent leurs créations lors de foires organisées sur les places des trois communes. Ils deviennent ainsi à la fois producteurs et ambassadeurs de leur savoir-faire.
Trois partenaires accompagnent cette démarche : l'atelier JOSART pour l'encadrement technique théorique et pratique, GRARED pour la mobilisation et la sensibilisation des jeunes, et les mairies locales pour la logistique des foires et les autorisations d'utilisation des espaces publics.
« Avec leurs produits, les jeunes seront présents pour donner des explications aux visiteurs et aux autorités locales. La population donnera plus d'importance à la culture haïtienne et à la protection de l'environnement. »
Avant l'appui de FOKAL, PADH peinait à mobiliser les jeunes en nombre suffisant, malgré une demande réelle sur le terrain. La subvention a changé la donne : elle a permis de structurer les formations, d'élargir le public touché et de donner à l'organisation une visibilité considérable dans le département du Nord.
PADH voit dans FOKAL « l'une des rares institutions qui encourage la culture et les produits artistiques à travers le pays ». Quant au programme REVIV financé par l’Union européenne, il est perçu comme une opportunité de concrétiser un rêve : celui de valoriser la culture haïtienne par la formation des jeunes et la revalorisation des déchets.
À l'issue du projet, PADH prévoit de mettre en réseau les jeunes formés pour assurer des débouchés commerciaux pérennes. Un partenariat avec les responsables du site touristique de Labadee est envisagé pour faciliter la vente des produits aux visiteurs. Des points de vente permanents seront développés en collaboration avec le Ministère du Tourisme et les mairies.
Plus encore, les jeunes formés seront encouragés à dupliquer les formations auprès d'autres jeunes dans leurs zones respectives, créant ainsi un effet multiplicateur au service de la revitalisation culturelle haïtienne.
À ceux qui hésitent encore, PADH adresse un message clair : « Ils doivent savoir qu'ils peuvent contribuer dans le développement de leur pays, dans la gestion de l'environnement, dans la valorisation des déchets et dans la revitalisation du secteur culturel haïtien. Ils peuvent travailler pour être utiles à soi, à leur famille, à la société et même au reste du monde. »
« Ils ne doivent pas hésiter à prendre des initiatives pour augmenter le niveau de créativité dans le domaine culturel. »
